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| Une petite plume cambodgienne |
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| Collection |
: Hors Collections - poésie |
| Auteur(s) |
: Pech-Métral Méas |
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DANS MA TÊTE
Dans ma tête, il y a des images
De mon enfance et des paysages
De tout ce qui s'était passé
Chez moi, là-bas.
Images de guerre
Images de sang
Images d'un monde nauséabond
Que j'aimerais tant que cela s'efface.
Dans ma tête, il y a des images
D'un enfant qui court pour attraper un nuage
Des soldats qui tirent
Sur une foule de sages.
Images d'un pays, petit mais immense
D'un peuple merveilleux et souriant
D'enfants qui courent
Qui jouent aux ballons.
Dans ma tête, il y a des images
D'une séparation cruellement douloureuse
D'une mère qui pleure comme une malheureuse
D'un père qui crie, parce qu'on lui a pris tous ses petits.
Images d'humains qui sont devenus sauvages
Qui tuent, qui séparent, qui piétinent, qui massacrent
D'un enfant si petit, si fragile
Mais tellement solide et immense par son courage.
Cet enfant que j'avais été
Parmi tant d'autres de mon âge
Dans un enfer sans couleur
Dans une peur profondément douloureuse.
Images d'un ciel bleu
Si loin et silencieux
D'un couché de soleil
Avec tant de larmes aux yeux.
Images sans couleurs
Que du vide et du néant
Et pourtant j'en avais vu
Beaucoup de rouge et du rouge-sang.
Dans ma tête, il y a des images,
De la pluie, des tempêtes et des orages
Des enfants qu'on abandonne
Qui finiront par mourir seuls, au bord d'une plage.
Images d'un peuple qui n'a plus d'espoir
Images d'homme en noir
Qui ne savaient ni rire ni chanter
Mais qui savaient tirer sur les autres hommes et sur n'importe quoi.
Images et bruits
Tirs et bombardements
Cratères et souffrances
Blessures et supplices.
Images d'un homme qui tombe
Parce qu'il n'avait plus rien dans son ventre
Qui ne se relèvera plus jamais
C'est son sort, son destin, c'est sa fin, il doit se rendre.
Images d'une foule immense qui avance
Lentement sur une route
Qui marche, qui avance, vers je ne sais où
Sans musiques, sans chansons, mais avec des hurlements.
Dans ma tête, il y a encore et toujours des images
Des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards
Qui prient au bord des routes
En espérant que DIEU les entendra…
Mais pendant quatre ans dans cet enfer
On n'a jamais vu l'ombre de Jésus, ni d'Allah, ni de Bouddha
On pensait à eux tout le temps
On les appelait tous les jours, mais ils ne venaient pas.
On se demandait bien ce qu'on leur avait fait
Pour qu'ils nous laissent crever comme des chiens et des chats
Ce n'était pas nous les méchants
Mais la guerre se trompe souvent d'endroit et de paysages…
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